A 41 semaines de grossesse, je suis fin prête, dans les starting blocks pour accueillir ma fille. Ah, avoir une fille après un garçon, le choix du roi m’ont dit mes amies. C’est vrai que j’étais très heureuse de cette surprise, mais alors pourquoi ce petit pincement d’angoisse?
Si avoir un garçon m’a semblé en tant que « fille de ma mère », un territoire inconnu de la relation avec un enfant, ou je pouvais tout inventer sans avoir peur de parfois reproduire des schémas, avoir une fille d’un seul coup me confrontait à tout un tas de questions que j’avais gentiment balayées sous la carpette.
Que transmet-on à son enfant de ce que nos parents nous ont transmis, à part de belles valeurs et les oreilles décollées de l’oncle Bob? Quels sont les jolis paquets empoisonnés qu’ils nous ont gaiement refilés et qu’il vaudrait mieux repérer avant de les passer en douce à nos petits?
Quand on prépare la naissance on nous fait des listes de ce que l’on doit mettre dans notre valise le jour J, plutôt que des recommandations pour nous aider à la délester de nos encombrants fardeaux.
Interloquée par le récit de mon premier accouchement, que nous qualifierons pudiquement de médiéval, la sage-Femme libérale qui m’a aidée à préparer celui-ci m’a parlé de pshychogénéalogie. Interloquée, je me demandais comment la reconstitution de mon arbre généalogique m’aiderait à accoucher dans plus de sérénité?
Pourtant, j’ai compris par la suite que la question de sa propre place dans l’arbre avait des implications abyssales… Car il ne s’agit pas ici de vous plonger dans les registres des églises bretonnes pour retrouver qui épousa mémé Soizic en 1896. On ne parle que de ce dont on se souvient et les « trous », parlent d’eux même.
D’un seul coup, on prend conscience que les anniversaires de naissance ou de mort ont souvent une corrélation avec la conception ou la naissance d’un de ses propres enfants, que ce prénom si original que vous avez donné au premier était en fait le surnom enfoui dans votre inconscient de ce vieil oncle avec lequel votre père ne voulait plus parler. Une véritable identité familiale se dessine, on reprend sa place au coeur des générations et on découvre qu’on a inconsciemment voulu réparer des choses avec cet enfant.
Une véritable ouverture sur ce que devenir parent signifie pour soi en tant que mère et du sens que l’on veut donner à sa famille, s’élabore.
Quel moment plus propice que cette période de préparation à l’accouchement pour entamer un tel travail ? On accède à une préparation globale tant physique que mentale, avec une sage femme formée à cette technique, seule, sans le papa, il sera invité à une séance rien que pour lui s’il le souhaite. Le travail se poursuit après la naissance, pour comprendre cette fois les enjeux au niveau du couple avec l’arrivée de cet enfant, unique ou au sein de sa fratrie.
Pour moi, après trois séances pré-accouchement, j’ai ressenti un apaisement évident de tensions latentes. J’ai sorti de mes valises certains cailloux qui pesaient plus lourd que je ne l’aurais cru et j’avance plus légère. Nous verrons si ce travail m’aura permis de devenir « actrice » de la naissance de mon enfant cette fois ci, mais en tout cas, se dessinent déjà pour moi les contours de la place que je m’accorde en tant que mère dans cet arbre biscornu certes, mais qui est le mien.
Pour approfondir
Livre d’Anne Ancelin Schützenberger Aïe mes aieux ou bien encore son livre écrit avec Ghislain Devroede Ces enfants malades de leurs parents.






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