
Ségolène Finet
Les voyages forment la jeunesse, et aussi… les mamans. Premier bébé en Californie en août 2000, alors que je suis cadre chez un grand éditeur de logiciel de la Silicon Valley. Mes copines bossent 70 heures par semaine, ont des congés de maternité de deux mois au plus, et …. allaitent au minimum 6 mois. C’est la norme pour ces battantes californiennes. Dans le siège social flambant neuf, à l’étage de la direction, une petite salle tout confort leur permet de tirer leur lait entre deux réunions. Il est complètement admis de dire à ses collègues masculins : je dois quitter la réunion plus tôt, je dois tirer mon lait. Et ils ne s’agit pas d’être baba cool non plus : ce sont des cadrettes nourries à la sauce Prada/J.Crew/Gucci. Le cheveu lisse, et la manucure impeccable… De là se forme ma perspective qu’on peut allaiter et allaiter longtemps sans renoncer à rien, ni à sa carrière, ni à son look de femme sexy chic.
Quelques mois plus tard, retour en France après neuf années d’exil outre-Atlantique et mutation dans les bureaux parisiens de la même société. Emilie a six mois lorsque je reprends le travail et je l’allaite encore. Et là je découvre avec surprise que l’allaitement en France n’a pas du tout, mais alors pas du tout, la même image de marque qu’en Californie. Je rencontre un étonnement poli lorsque j’explique que j’ai choisi l’allaitement long. Je suis scotchée par le nombre d’amies et connaissances qui me disent des choses du style : « Tu allaites, ce que tu es courageuse ! » ou « Comment ? On peut allaiter en public ?», ou « Non je n’ai pas allaité, parce que tu comprends, mon mari voulait que je reste élégante », et j’en passe… La DRH de mon entreprise est stupéfaite que j’envisage de tirer mon lait au travail et peine à trouver un endroit approprié.
Et puis j’essaie naïvement de trouver de la lingerie, des vêtements d’allaitement et là : le désert. Un catalogue de VPC propose un unique modèle de tee-shirt d’allaitement avec un rabat fermé par deux gros boutons sur les côtés, et du côté de la lingerie, c’est pire. Pour les chemises de nuit, on en est aux imprimés petit nounours sur fond de rayures mauves et blanches. A croire que le stylisme de ces produits est fait par la ligue secrète des anti-allaitement ! En gros le message subliminal que je reçois c’est « Ah chère Madame, vous avez choisi d’allaiter, c’est formidable-extra-merveilleux pour votre bébé, mais quel dommage pour vous : vous êtes condamnée aux soutien-gorges année 50 format torpille, et les robes, nuisettes sexy, et petits tops tendances vous sont interdits jusqu’au sevrage ! Mais bravo quand même ! Et surtout bon courage à votre mari, ce saint homme ! On espère qu’il tiendra le coup !»
Alors petit à petit l’idée germe : l’idée de dépoussiérer l’image de l’allaitement maternel. De montrer qu’allaiter n’est pas un sacerdoce. De montrer par des images et par des vêtements qu’allaiter n’oblige pas à oublier la femme que l’on était avant la grossesse. Bref, qu’on a pas besoin de renoncer à qui on est (qu’on soit fashionista, modeuse de choc, ou simplement coquette), simplement parce qu’on a fait le choix de l’allaitement. Qu’on peut être une mama et rester une nana… De ces convictions est né le site www.mamanana.com, une boutique, une mine d’informations, et un blog, pour permettre à celles qui font le choix d’allaiter (que ce soit 3 semaines, 3 mois, ou 3 ans) de le faire sans renoncer à rien ! Ni à leur coquetterie, ni à leur pudeur, et ni à leur confort !






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