Egg | Le magazine inspirant des femmes enceintes

C'est mon dernier moi(s)

13.06.10

veronique-royneDans 15 jours j’ai 40 ans.

J’ai des copines divorcées, et d’autres encore célibataires. Des neveux qui sont en âge d’avoir des enfants.

Je suis mariée depuis 14 ans, j’ai 3 enfants de 12, 10 et 7 ans. Deux filles et un garçon.

Je travaille et je ne vois pas pourquoi j’arrêterais. A côté, j’ai un blog d’humeurs que j’alimente tous les jours, et ça me comble.

En septembre j’ai commencé la barre au sol après 2 ans de stretching. J’ai des tas de projets qui le restent. Prendre des cours de chant, écrire un roman, peindre les contre marches de l’escalier des filles, porter des talons de 12 (centimètres), partir tous les ans en voyage en amoureux.

Me poser plus souvent au goûter avec les enfants pour écouter leurs histoires de cour de récré et les regarder plonger dans le Nutella, grandir, prendre de l’indépendance et du caractère.

Mais les journées sont trop courtes, alors je compense, je combine et je me débrouille. Pour à peu près tout faire.

Pourtant, dans moins d’un mois, on recommence tout. A zéro. Ou presque.

Pourtant, dans moins d’un mois, on va en rajouter.

On va passer à 6.

La maison va devenir trop petite, la cuisine s’encombrer d’une chaise haute, le salon d’un transat et puis d’un parc.

On va marcher la nuit sur des Playmobil 1-2-3 oubliés par terre et râler. Il faut trouver un pédiatre, une poussette, un berceau, un siège auto, s’arrêter devant le rayon couches et celui des tétines.

On va passer à 6.

Parce que c’est comme ça, que c’est une simple évidence, une boucle à boucler.

Depuis 8 mois, tout a changé et tout continue.

8 mois comme les autres. Où les enfants font la tête de voir leur quotidien bientôt bouleversé avant de trépigner d’impatience, où notre entourage nous demande « pourquoi ? » ou bien s’exclame « c’est génial ».

8 mois de fatigue, de trouille et de bonheur intense, et de jours comme les autres – juste ni bons ni mauvais.

8 mois de grande pêche, de grande fierté et de regards dubitatifs devant ma taille qui s’efface.

Ces 8 mois, j’aurais voulu les vivre comme dans les livres. Le visage reposé, penché de côté et le sourire angélique aux lèvres. Prendre des cours de yoga, discuter avec une sage femme, avoir du temps pour moi, me faire masser. En profiter à fond parce que c’est la dernière fois. Parce qu’on a attendu 2 ans. Parce que moi aussi je veux être comme les filles des magazines. Epanouie dans les rayons de Sauvel Natal. L’apogée de la féminité.

En vrai, cette grossesse, je l’ai traversée comme toutes les femmes. Dans une cocotte minute d’émotions. A me caresser le ventre et à rassurer les clients stressés. A me bâfrer de pain beurre et à craindre la balance du gynéco. A prouver que rien n’a changé même si maintenant je suis deux et que c’est pas anodin – ni dans ma tête, ni dans mon corps.

Debout dans les transports en commun. Allongée dans le canapé pendant des heures avec l’ordi sur les genoux. Au milieu de la piste de danse le 31 décembre avec un joli décolleté et des talons.

Super pressée de commencer mon congé maternité et toute désemparée la première semaine devant ce temps libre, l’envie d’en faire des tonnes et la pêche d’un paresseux.

J’ai encore raté les cours de préparation à l’accouchement et hier j’ai fait trop de voiture pour aller prendre l’air et donner une belle après-midi d’hiver aux enfants.

Je ne sais toujours pas quelle poussette choisir et je voudrais aller faire du shopping avec mes copines.

Ma valise est prête et me rappelle tous les bonheurs qui m’attendent. Les mini brassières tricotées par maman et le pyjama blanc flambant neuf. Et aussi les coussinets d’allaitement et les soutien-gorges aux bonnets profonds comme les gorges du Tarn. Le côté obscur du post partum. Celui dont on ne parle pas et dont tout d’un coup je me souviens (un peu trop) bien.

Je voudrais le voir aujourd’hui et puis pourtant profiter des dernières semaines où il est au chaud pour le fignoler. Garçon ou fille. Le garder encore un peu pour moi pour le faire entrer dans la famille en douceur.

Son blog :  une femme avec toi

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Commentaires

Un commentaire

  1. Jeune mère de mon 4ème et quarantenaire dans 2 mois, je me reconnais totalement dans cette jolie prose. Bravo.

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