Egg | Le magazine inspirant des femmes enceintes

De mère en fille…

07.06.11

marion

Par Marion Derand


Ma mère, elle a pondu six fois, et sans péridurale s’il vous plaît. Et elle est toujours en vie. Elle a bien été tentée d’en revendre un ou deux mais au final elle s’est attachée à ses quatre fils et deux filles. Alors moi je me disais, encore bien innocente pendant ma grossesse, un enfant, c’est rien, une petite chose mignonne qui ne peut pas changer tant que ça une vie bien établie. Et puis ça dort beaucoup de toute façon, non ?

J’ai tout fait bien comme il faut, le suivi de grossesse, les cours de préparation à l’accouchement… mais il m’aurait fallu des cours de préparation à la parentalité en fait. Un genre de boot camp entre nullipares à l’horloge biologique titillante où on te réveillerait en sursaut toutes les 2 heures, nuit après nuit, où on te ferait porter des kilos de gigot en faisant les cent pas dans un couloir sombre, changer des couches le plus vite possible (tant que tu nettoies pas cette merde en moins de 60 secondes tu vas pas manger !) et où on t’apprendrait à ne pas avoir peur de ton reflet dans la glace, cheveux hirsutes et cernes jusqu’aux chevilles.

Grâce au boot camp, tu réfléchirais à deux fois avant de ne pas renouveler ta plaquette de pilule, tiens. J’ai entendu parfois que c’était irresponsable de faire un gamin si on n’est pas prête. Mais comment se préparer à un tel tsunami ? Non, ce n’est pas que du bonheur, c’est aussi beaucoup de responsabilités, de stress, de peurs de mal faire, d’erreurs, de faux pas… On en rigole entre jeunes mères en se donnant des petits coups de coude dans les côtes et en s’appelant « mères indignes », mais on a quand même bien le boules de pas tout réussir alors qu’on fait tout pour que ça marche et qu’on a une dette de sommeil d’environ 718 heures.  On regarde du coin de l’œil comment ça se passe chez la voisine,  et dès qu’on a vaguement l’impression de pas avoir trop foiré, on bombe les nichons et on se pavane – presque autant qu’à la belle époque encore insouciante du gros ventre.

bébé marionC’est pour nous toutes, nous les mères heureusement imparfaites et en perpétuelle formation que je veux témoigner. Que ce soit en boule sous notre couette, dans le creux du cou de notre conjoint avec la morve au nez, sur un forum vers 4h du matin ou dans les trop rares groupes de soutien, on a toutes craqué à un moment, comme nos mères avant nous, même si ça, personne ne le dit trop fort – on pourrait l’entendre. Mais on continue, jour après jour.

Des conneries, on en a déjà fait ici, après tout on n’a pas notre BTS Parents Parfaits, on est encore en apprentissage. Mon mari a bêtement oublié de remettre une couche sur les fesses potelées de notre petit précieux, moi je l’ai brûlé avec sa purée « bonne-nuit-laisse-ta-mère-dormir-je-t’en-supplie », il lui a cogné la tête sur la portière de la voiture, je lui ai coincé le pouce dans une manche et les deux jambes dans la chaise haute…  Que celle qui n’a jamais récupéré son nain coincé sous un meuble et recouvert de moutons de poussière me jette la première Sophie la Girafe ! Et on en fera encore des bourdes, je ne me fais pas d’illusions. Je suis sûre qu’on sera même des gaffeurs de compèt’. Avec le sourire.

Faut dire que les bébés, c’est comme tout ces trucs high tech : plus c’est petit, plus c’est compliqué. Déjà les modes d’emploi des appareils électroménagers ou autres gadgets, je ne les lis pas. C’est tellement plus marrant de trouver toute seule comment ça marche. Un bébé à mode d’emploi, ça serait moins drôle. Même si c’est épuisant, j’adore ne pas savoir combien de temps va durer sa sieste, s’il va aimer la nouvelle purée que je n’ai pas préparée toute seule, si les biquettes du parc d’à côté vont l’intéresser ou s’il va juste râler en bouffant son quignon de pain.

Objectivement, je ne sais pas comment ma mère a survécu avec son équipe de volley surexcitée. Comme toutes les mères finalement, quel que soit le nombre d’enfants : on tient parce qu’on n’a juste pas le choix! De toute façon, le congélo devient rapidement trop petit, et on est vite dépendante de cette odeur de bébé le matin, quand il a encore une trace de turbulette imprimée sur sa joue rouge de chaleur. Et ça fait de jolies photos.

Mais elle a dû bien s’oublier toutes ces années. Non pas qu’elle ne vivait que pour nous, mais ses journées n’étaient juste pas assez longues pour avoir le temps de vivre pour elle. J’espère ne jamais m’oublier, rester une femme à grande gueule tout en étant une mère potable. Un équilibre dur à trouver, mais doit bien y avoir un boot camp pour ça, je perds pas espoir.

> Pour en savoir plus sur Marion vous pouvez découvrir son blog maxibestofmcmaman.wordpress.com

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Commentaires

3 commentaires

  1. J’adore ! très joli texte plein de choses simples, belles et d’hommage mérité :)

  2. Je me reconnais en bonne primi de quelques mois ! Toujours à culpabiliser quand je suis un peu maladroite et que j’ai du mal à lui mettre son pull, ou que j’ai l’impression que je vais lui couper un doigt en lui coupant les ongles …
    Mais oui, je suis accro à son pti sourire coquin le matin au réveil, à son odeur le soir quand je le récupère chez la nounou après une grosse journée de boulot. J’adore être mère, pour le meilleur et pour le pire !

    Et c’est vrai que je me demande aussi comment à fait ma maman avec ses 4 garçons et 3 filles (bon, ça s’étale de 35 à 14 ans, mais quand même …)

  3. très bon article, un style d’écriture qui change et un humour décalé désopilant !!!

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